Un Citron Vert Sencha du Palais des Thés. Un pillier de ma carte des thés, un de ceux que je bois presque chaque matin. Et puis là, mon choix est un peu influencé par la miniature de cette semaine.

C'est sur la foi de son nom que je l'avais choisi. Nostalgie de mes thés cairottes dans lesquels je mettais quelques gouttes de ces merveilleux citrons. Je les revois encore, je les sens dans la main tout lisses et rebondis. Pleins d'une juteuse pulpe. Comme pour beaucoup de fruits, on trouve désormais en France de tous les produits exotiques. Mais, vu les conditions de voyage, ils n'ont à voir avec ce qu'ils représentent que le nom.

Encore la semaine dernière, au supermarché, je me suis surprise à tendre la main vers les citrons verts. Puis, je me suis ravisée. Je n'allais qu'au devant d'une déception. Mieux vaut ce Citron Vert Sencha qui par je ne sais quelle magie restitue très exactement le goût de mes souvenirs.

Pendant mes années égyptiennes, j'en faisais une grande consommation sous toutes les formes. Ils portent là-bas le nom de limoun. Limouns qu'on achète pour la cuisine (ils servent beaucoup à confire des aliments), pour le thé, pour mordre dedans tout simplement mais surtout pour le traditionnel jus de citron sucré et glacé (boisson ô combien désaltérante).

C'est pour moi un des symboles de l'Egypte. On va prendre un limoun avec des amis. C'est tout un cérémonial. Il y a des lieux où le mélange est particulièrement réputé. Un limoun chez Groupi, c'est toute une fête au milieu des peintures vert amande et des mosaïques dans une ambiance qui gomme comme par magie le tintamarre du Caire pour ne laisser que le son de conversations feutrées et de l'eau de la fontaine qui coule.

Ils se vendent en somptueuses pyramides d'un vert étincelant. Mais ce n'est pas ainsi que je préférais les acheter. Non, comme la toute première fois que j'en ai acheté quelques uns, c'est aux petites marchandes du Caire qu'allait ma préférence. Des vieilles femmes qui présentent une poignée de ces citrons étalés sur un mouchoir au coin d'une rue. De quoi, dans la cohue du Caire, assurer leur subsistance de la journée.

Je n'oublierais jamais la première fois. C'était une vieille femme toute ridée et édentée mais si belle et pleine de majesté. Comme je prenais les citrons, elle me caressa les cheveux en se répendant en un flot de mots auxquels je ne comprenais rien sinon l'extrême gentillesse. J'en retins certains et dans les semaines qui suivirent j'appris qu'elle m'avait fait un des plus beau compliment qui soient et recouverte de bénédictions.

A chaque gorgée de ce thé c'est elle que je revois.

Non amateurs de citron, vous l'aurez compris, passez votre chemin. Ce thé n'est pas pour vous.

A l'ouverture du paquet, le parfum de citron vert est absolu et masque celui du thé. J'y plonge mon nez avec délice. C'est à ce moment là que la vieille femme vient à moi.

Dans la main c'est un bijou. Il offre un symphonie de verts comme le faisaient justement les limouns. Et sur ces verts tranchent les écorces de citron étrangement d'un orange ambré.

Dans la théière, étant un mélange de grandes feuilles longues et de petits morceaux, il tournoie follement et sombre immédiatement pour livrer le spectacle d'algues se tendant vers les écorces qui surnagent.

La liqueur est d'un magnifique vert jaune. Elle semble capable de capturer le moindre soupçon de soleil.

La vapeur est enivrante de citron.

C'est un thé que je savoure toujours lentement...La vieille femme vient à moi.

théière transparente posée sur un plateau comprenant l'expression : du soleil toute l'année