Je l'avais promis à Allie, qui désespère de trouver l'élue de son coeur, voici donc que je vais vous conter l'histoire d'une rencontre ; nous et notre maison.
L'histoire débute dans la froidure de février il y a quelques années de cela. Nous occupions à titre provisoire une minuscule maison de famille dans le Morvan et songions à nous installer dans un chez nous bien à nous et plus grand. L'arrivée imminente d'enfants, des histoires de famille précipitèrent brusquement les choses.
Nous ne nous imaginions pas dans une maison neuve. Donc, pas question de construire (sauf en bois ce qui fut envisagé) ou d'acheter une maison neuve. C'est dans de l'ancien que depuis toujours nous projetions nos rêves d'une maison à la campagne.
Venaient se greffer quelques impératifs. Nous avions entre temps fait l'acquisition de chevaux, ce qui entraînait la nécessité d'hectares de pâture suffisants et d'un point d'eau car ce sont des animaux qui boivent énormément.
Et bien sûr, après négociations d'un prêt bancaire, nous ne disposions que d'un budget assez limité.
Mais pleins de l'ardeur du néophyte, nous nous lançâmes un beau matin dans l'Aventure Agences Immobilières. Mon frère, architecte, nous ayant déconseillé de traiter avec des particuliers vu notre totale inexpérience en la matière.
Premier rendez-vous, on ne peux plus alléchant, à l'autre bout du département. Nous prenons la route le coeur joyeux pour arriver et visiter...une ruine dans un état indescriptible. La seule solution envisageable était de la raser pour reconstruire à la place.
Déconfiture totale et vague d'inquiétude. Et si dans nos prix on n'allait nous proposer que ce genre de ruines ?
Mais, hauts les coeurs et à mon téléphone, prospection à tout crin.
Chaque jour de congé et quelquefois les soirées furent consacrées à manger des kilomètres pour aller faire des visites.
Certaines étaient aussi décourageantes que la première. D'autres, bien que ne nous convenants pas, nous donnaient des idées d'aménagements futurs.
Février et mars se passèrent ainsi de bicoques en masures. Pour deux d'entre elles nous fûmes près de conclure et la vente capota au dernier moment. Il faut croire qu'il y a une destinée.
La situation était de plus en plus à l'urgence. Coup de fil d'une agence. Xième description idylique. Hop ! En voiture, pour visiter...la première ruine par laquelle nous avions commencé.
Là, j'en ressors en larmes et dans une colère noire contre les agents immobiliers en général.
Sur le coup de cette colère, nous fonçons chez le premier marchand de journaux venu et achetons : De Particulier à Particulier.
Hélas, aucune annonce qui corresponde à notre recherche.
La seule dans nos prix se situait à seulement une trentaine de kilomètres mais la description ne concordait pas du tout avec nos impératifs et la région non plus.
Vint un dimanche morose d'avril. Plutôt que de rester enfermés à nous morfondre nous décidons d'aller visiter la dite maison sur le principe de : ça nous donnera toujours des idées
.
Rendez-vous fut donc pris avec le propriétaire. Il nous fit de la localisation une description aussi sibylline qu'il l'avait fait de sa maison dans le journal. Et, bien sûr, nous finîmes totalement égarés. Nous décidâmes de nous arrêter à la première maison venue , dans ce trou perdu, pour demander notre chemin.
Enfin une maison, au milieu de nulle part !
Mon homme descend de la voiture pour demander sa route et moi je reste avec une amie qui nous accompagnait. Je pousse un gros soupir :Ha ! Tu vois, si seulement nous avions les moyens ! Voilà, c'est exactement celle-là la maison de mes rêves.
Ben, tu sais à moi aussi elle fait cet effet là.
me répond-elle. Soupirs de concert.
L'homme ne revenant décidément pas, nous descendons de voiture. Nous allons d'émerveillement en émerveillement. Cette vue !
Et les prés, les prés tout autour. Les chevaux tout autour de la maison, tu imagines !
Ce rosier rouge qui grimpe sur la facade !
Cette grange à pans de bois !
Ce vieil hangar à foin, quel charme !
Et puis je le vois. Il n'est plus avec nous. Il est sur un petit nuage. Et dans ses yeux, brusquement, je comprends. C'est là !
Je crois qu'avant même de visiter l'intérieur, de manière tout à fait déraisonnable, notre décision était prise. Nous étions arrivés au bout du chemin. Nous venions de tomber amoureux d'une maison, d'un lieu.
C'était le dimanche. Mon frère fit un voyage éclair, le lundi, pour voir s'il n'y avait pas de vice caché. Le mardi nous avons signé la promesse de vente et...eu les clés.
Oh, bien sûr, son prix avait ses raisons. Une toiture à refaire qui greva totalement le budget réfection intérieure. Un chemin inondé une partie de l'hiver. Ce qui à l'usage est pesant.
Oh, bien sûr, nous eûmes finalement quelques mauvaises surprises. Une chaudière qui rendit l'âme et qu'il fallut remplacer au lieu de faire la salle de bain. Et d'autres menus désagréments.
Il reste beaucoup de travaux à faire à ce jour et vu notre budget ce sera long.
Le grand-père de mes enfants m'a dit : Tu sais, une maison c'est vingt ans de travaux et après on repart au début parce que c'est abîmé.
Je comprends aujourd'hui ce qu'il essayait de m'expliquer alors.
Je réalise en écrivant ces lignes qu'à peu de jours près nous fêtons nos cinq ans de vie commune. Pour son anniversaire mon amoureux vient de lui refaire de jolis toilettes en bois. Bon anniversaire !
J'ai noirci des pages de papier, installée dans le jardin. Elle est derrière moi et je sens mon dos bien appuyé. Les enfants jouent dans leur jardin.
Voici comment voulant nous installer sur les contre-forts du Morvan nous nous retrouvâmes en bord de Loire...
Chaque hiver, lorsque nous sommes pris par les eaux, il y a quelqu'un pour poser la question : Mais, vous n'envisagez pas de la revendre cette maison ?
La revendre notre maison ? La maison de nos enfants ?
A chaque fois qu'en voiture ou en vélo j'en prends le petit chemin, le miracle se reproduit. J'ai un pincement au coeur, un pincement d'émerveillement. C'est chez nous ? Cette lumière qui m'attend parfois le soir...
Courage Allie, un jour, au détour d'un chemin...
