Ca peut venir n'importe quand. On se croit fort, serein dans sa tête et dans son corps, et puis voilà. Un vertige, un malaise sourd, et tout de suite on sent que ça ne passera pas comme ça. Tout devient difficile. Faire la queue chez le boulanger, attendre au guichet de la Poste, échanger quelques phrases debout sur le trottoir. Des moments creux, sans enjeu apparent, mais qui deviennent des montagnes. On se sent vaciller, on croit mourrir et c'est idiot.

Philippe Delerm, Le Portique

Je me suis dit je vais l'écrire, le mettre en mots bien tangibles, cela m'aidera. Et puis, je me retrouve là devant l'écran, les tempes enserrées dans un étau, le souffle coupé, la tête qui tourne...

Mon thé a un goût amer mais je le bois accrochée à ma tasse comme à un fragile esquif.

Moi non plus je ne sais pas comment c'est venu. Cela allait plutôt bien ces derniers temps. J'avais retrouvé de l'énergie, j'étais combattive face aux tempêtes que la vie nous distille en ce moment sans retenue. Mercredi j'étais allée chez mon médecin qui était tout content : vous allez bien, on a trouvé le bon dosage de médicaments. Le bon dosage en question c'est le maximun que puisse gérer mon organisme avant des dommages aux reins et à la thyroïde mais hauts les coeurs. J'ai aquiescé, pourtant ce dégoût qui m'avait pris en faisant les boutiques aurait dû m'alerter. Mais c'est usant d'être toujours sur le qui-vive. J'ai mis mon manque d'allant sur le compte d'un lundi et d'un mardi particulièrement éprouvants. Une bonne nuit et il n'y paraîtrait plus...

C'est le jeudi à onze heures, j'ai regardé la pendule, que tout a craqué. J'étais tranquilement en train de plier du linge et j'ai senti qu'il fallait que je m'arrête, là tout de suite, sinon j'allais tomber. Depuis je ne cesse de me sentir tomber.