Douce émotion.
J'avais reçu le paquet jeudi. Puisque je suis la chanceuse qui s'est fait offrir pour la Saint Valentin toute la sélection des thés Mariage Frères assortis en prime d'une tisanière en porcelaine du Fujian et d'une passoire victorienne. Il n'est pas en reste puisque de mon côté c'est un Tarry Lapsang Souchong que je lui ai offert avec un pot de terre pour le conserver avec mémoire. Le début d'un rite pour les années à venir.
Mais l'on s'égare. Revenons à mon cadeau. Si je n'ai pu m'empêcher d'ouvrir le carton fébrilement pour découvrir les merveilles qui reposait en son sein, je n'avais pu me résoudre à entamer les dégustations en l'absence de l'aimé. Il me manquait trop que dire d'autre.
Depuis hier je le retrouve à mes côtés et m'émerveille du plaisir de nos retrouvailles. Tout est prétexte à la fête comme le petit déjeuner mi-provençal mi-chinois qu'il nous avait concocté ce matin.
Le moment idéal donc pour rouvrir vraiment mon carton. Déballer les trésors qu'il contenait et les installer dans un panier en osier.
J'ai longuement hésité. Relisant toutes les alléchantes descriptions. Sur lequel allais-je ouvrir le bal ? J'ai humé avec respect les délicates fragances que chacun offrait. J'étais à chaque fois tentée. Et puis le hasard a voulu que celui-ci vienne en dernier.
A l'ouverture de la boîte c'est un Oh!
d'admiration qui m'a échappé tant était beau ce thé noir parsemé de fleurs. Des fleurs de mauves entières, de larges pétales d'hibiscus.
Mais où l'émotion m'a nouée la gorge c'est au parfum qui s'échappait. Je ne cesse d'y revenir avec ravissement et toujours la même surprise teintée d'émotion m'étreint. C'est un parfum agreste de pamplemousse qui se révèle au premier abord.
Je rajeunis de presque vingt ans. J'étais toute jeune mariée et nous vivions en Egypte, au Caire. Nous n'étions pas parti en voyage de noces juste après notre mariage mais nous aurons eu au bout du compte deux ans de lune de miel. Les petits-déjeuners la bas c'est moi qui m'en occupait. Pour la simple raison qu'il aurait fallu m'attacher pour m'empêcher de faire mon premier tour de rue de la journée. J'aimais dresser la table sur celle de nos terrasses qui donnait sur le Nil et les pyramides puis m'envoler légère pour mon premier bain de foule.
Mon petit marchand du coin de pâté de maison m'attendait et me tendait le sachet qu'il m'avait préparé dès l'arrivée des maraîchers : les deux plus beaux pamplemousses. Ensuite je glanais dans l'arrivage de la journée mais les pamplemousses, eux, étaient un rituel immuable. Nous les savourions sur notre terrasse en faisant les projets de la journée que la vie folle du Caire viendrait immanquablement pertuber.
J'ai prélevé avec révérence deux cueillères de ce beau thé pour ma théière transparente. A peine l'eau versée c'est une sarabande folle. Le thé tournoie dans l'eau tandis qu'à la surface se forme comme une mousse de fleurs. Quelle beauté.
La liqueur devient très vite foncée, d'un bel ambre rouge que lui confère certainement les fleurs d'hibiscus.
Ces fleurs d'hibiscus c'est encore au Caire que je les découvris. Elles y sont une boisson nationale appelé Karkadé. Lorsque on m'en fit boire pour la première fois on me dit qu'elle était réputée prisée des français pour leur rappeler le vin chaud. Le fait est que cette simple fleurs a des accents d'épices et d'agrumes étonnants.
Dès les premières gorgées de thé c'est ces saveurs étrangement poivrées qui viennent flatter le palais. Saveurs qui ont aussi la rondeur du fruit et la délicatesse des fleurs.
Le karkadé c'est le soir que nous aimions le consommer. Sur notre seconde terrasse donnant elle sur l'étendue magnifique du Caire. Nous le buvions à petites gorgées en écoutant s'élever dans la nuit les appels à la prière qui émanaient de la ville aux mille mosquées.
Ce billet est dédié à mon amour. Celui qui partagea avec moi cette belle aventure, de nombreuses autres et celles à venir je l'espère.


